Le
dictionnaire de la littérature française
contemporaine
Jérôme Garcin, Editions François
Bourin, Paris
Par Jean Métellus
Métellus, Jean (1937 -
)
" Il est né à Jacmel, en Haîti,
en 1937, d'un père industriel boulanger et
d'une mère couturière.
Initié à la lecture par deux vieilles
filles pieuses, réputées pour leur virginité,
Jean Métellus accéda à l'écriture
chez les Frères de l'instruction chrétienne
(F.I.C) dont il n'a pas gardé un souvenir émouvant.
Pour M. Métellus, catholique et franc-maçon,
seules comptaient les performances scolaires. Il ne
fut pas déçu.
Jean Métellus avait quatorze ans quand sa sur
aînée Marie-Thérèse fut
emportée par une tuberculose pulmonaire foudroyante.
Ce décès l'a beaucoup marqué.
A quinze ans, la vocation de Jean Métellus
était la boulangerie paternelle et industrielle.
En attendant, il lisait par-dessus l'épaule
de sa mère, la Bible, Femmes d'aujourd'hui
et Paris-Match. Quand il crut venu le moment de faire
son choix, son père lui remit, en même
temps, Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau, les
uvres de Fénelon, De l'égalité
des races humaines de l'anthropologue haïtien
A. Firmin et La République d'Haïti et
ses visiteurs de L.-J. Janvier. Presque en même
temps Métellus découvrit une biographie
résumée de Littré. Bientôt
ses amis le supplièrent de leur prêter
sa plume : il submergea les jeunes filles de sa ville
de lettres que d'autres signaient. Il n'avouait aucune
passion, mais il crut avoir inventé le treizième
postulat d'Euclide. Cette hallucination dura un an.
Il fut rassuré par trois premiers prix d'histoire
en classe de seconde et en première.
Il milita contre Paul Magloire (président d'Haïti
de 1952 à 1956), partagea au début les
idées de Duvalier, devint professeur de mathématique
en 1957, se découvrit syndicaliste, faillit
être arrêté, et, muni d'une bourse
chimérique, partit en 1959 pour la France où
il se retrouva étudiant en médecine.
Ses plus belles années difficiles, il les a
vécues à la Cité Universitaire
du boulevard Jourdan, au pavillon Suisse, où
il a toujours occupé la chambre 23 pendant
les quatre ans de sa résidence, de 1960 à
1964.
Un futur transfuge de la médecine, Claude Mouchard,
devient son meilleur ami, partageant avec lui la vache
enragée et la rage de la littérature
: Char, Joyce, Kafka, Balzac, Flaubert, Dostoïevski.
En 1973, Au pipirite chantant révèle
et impose Métellus. Il a trouvé sa voie
et une voie qui a touché aussitôt Nadeau,
Leiris, Simone de Beauvoir, Malraux.
En faisant alterner Le Misanthrope et Anacaona, tragédie
haïtienne, sur la scène de Chaillot, Vitez
a démontré que la francophonie va de
Métellus à Molière. Métellus
prise fort cette concitoyenneté, lui qui écrit
aussi sous la dictée du vrai. Il campe sa haute
stature dans les titres de ses quatre recueils de
vers. Levé " au pipirite chantant "
comme son père le boulanger, c'est un "
homme de plein vent ", " voyant " à
ses heures, imprécateur ou porteur d'une parole
sereine.
Comme le poète, Métellus romancier est
à la fois homme de présence et de mémoire.
Il y a de l'enfance dans Jacmel
au crépuscule mais tout le cycle des Vortex
sonne comme des trompettes sous les murs de la dictature.
L'Année
Dessalines instruisait en 1985 le procès
du régime écroulé en février
1986.
Métellus parle de l'homme à travers
le paysan haïtien , mais il exècre les
amateurs de pittoresque exotique. Il lui plaît
de faire un clin d'il à Rousseau en situant
à Môtiers dans le Val de Travers, en
Suisse, Une eau-forte où est abordé le problème de
la création artistique. Nulle part, Métellus
n'est autant Métellus qua dans La Parole prisonnière. Metz lui est aussi
familier que Jacmel ou Port-au-Prince, car Metz est
la patrie d'Anne-Marie sa femme, sévrienne,
agrégée de mathématiques, l'unique
confidente de son uvre : pas une ligne de Métellus
qui n'ait subit l'épreuve de son écoute.
Avec ses héros improbables, les bègues,
La Parole prisonnière est au confluant de la
triple activité du neurologue, du linguiste,
du poète qui fait entendre la voix emprisonnée
d'Haïti.
Comprendre, pour la libérer, la parole des
aphasiques, tel est le thème unique de l'uvre
de Métellus neurologue et linguiste (plus de
quatre-vingt titres, parmi lesquels il faut citer,
outre deux thèses de médecine et de
linguistique, une monographie sur l'aphasie du chinois,
une autre sur l'aphasie de l'analphabète).
Médecin à temps complet au Centre hospitalier
Emile-Roux de Limeil-Brévannes, Métellus
organise depuis près de dix ans une rencontre
annuelles de neuropsychologie consacrée à
la pathologie des fonctions supérieures.
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Encyclopaedia
Universalis Dictionnaire de la littérature Française
du XXe siècle,
Albin Michel, Paris - 2000
Par Jean-louis Joubert
Métellus Jean (1937 - )
" Appartenant à cette vaste diaspora Haïtienne
que la dictature des Duvalier a contrainte à
l'exil, Jean Métellus a su maintenir par l'écriture
un lien étroit avec son pays. Né à
Jacmel, où il fut quelque temps professeur,
il s'est installé à Paris en 1959, y
a étudié la linguistique et la médecine,
puis s'est spécialisé en neurologie.
En 1973, la revue Les Lettres nouvelles publie un
long poème, Au
pipirite chantant, qui s'impose d'emblée
comme une uvre forte et novatrice. Placé
sous l'invocation du pipirite (l'oiseau qui, en Haïti,
salue le lever du jour), le poème conjugue
les voix de la polyphonie haïtienne : le paysan,
la femme dans sa solitude et ses peurs, l'arbre à
pain, la graine, le soleil, les dieux du vaudou
Il dit l'éblouissement d'une nature violemment
vivante, à l'image des blessures d'un peuple
qui se défait sous la misère et l'oppression.
Repris en volume en 1978, il s'est prolongé
dans de nouveaux grands poèmes (Hommes
de plein vent, 1981 ; Voyance,
1985) et dans un recueil (Tous
ces chants sereins, 1981) où l'on reconnaît
le même souffle impétueux, ce grand débordement
de mots dans l'étalement voluptueux du long
poème, cette irruption aussi d'une parole multiple
surgie de tous les horizons haïtiens et qui intègre
les échos des contes, des veillées,
du parler créole. Dans une langue qui conserve
la luxuriance des poèmes, Anacaona (1986) porte au théâtre le destin tragique
de la reine d'Haïti brûlée vive
par les compagnons de Christophe Colomb.
Les romans de Métellus, d'une écriture
volontairement plus neutre, parfois traversée
de quelques bouffées lyriques, ont d'abord
choisi de refléter le destin récent
d'Haïti. Jacmel
au crépuscule (1981) déploie, à
travers un subtil réseau de conversations,
la chronique de la ville de Jacmel pendant l'année
1956. Dans La
Famille Vortex (1982), le tourbillon de malheurs
qui s'abat sur une famille symbolise les soubresauts
qui saisissent Haïti avant l'arrivé au
pouvoir de Duvalier. C'est la dictature elle même
qui sert de toile de fond à L'Année
Dessalines (1987). Deux autres romans développent
des sujets plus originaux, s'éloignant des
thèmes haïtiens. Une eau-forte (1983) situe en Suisse l'action d'une fable très
belle et mystérieuse, s'interrogeant sur l'identité
d'un peintre célèbre et solitaire. Dans La
Parole prisonnière (1986), c'est le bégaiement
d'un enfant qui vient perturber la vie de tous ces
proches.
En refusant une haïtianité simplement
affichée à la surface de l'uvre,
Métellus revendique, pour les écrivains
haïtiens, la liberté de ne pas s'enfermer
dans le régionalisme. "
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